LLouis

Portfolio

ALAIN #1975

Alain et moi avions 12 ans, à l’époque j’étais batteur et lui, guitariste.
La batterie, des barils de lessive équipé de peau de chamois (des vraies).
Son exclusif garanti 40 secondes … Après il fallait retendre les peaux.
Pas vraiment compliqué, mais fastidieux. Mouiller la peau, tendre la peau, fixer la peau à l’aide de tout et de rien, et attendre 24h00 que sa sèche.

Quand on pas de fric, il faut du temps.

Le père d’Alain, était Tsigane.
Fort de ses gènes, il encourageait nos avenirs musicaux.
Il équipa, à peu de frais, son rejeton d’une guitare Davoli électrique en plastique.
Votre serviteur eu tôt fait de l’amplifier avec un enregistreur à fil retrouvé au grenier, un Webster Chicago des années 40, puissance 1.5 watt rms..

On était loin du compte ; mais à toute fin il faut un début.

On a découvert et rêvé ensemble, Gainsbourg, Dali, Alice Cooper, Elvis, Django.
Comme eux, on a découvert l’alcool, ça ne nous a pas vraiment aidé.
On était réuni en Allemagne sous les drapeaux, on achetait des disques Usa dans les magasins réservés aux soldat américains.

Au retour on a monté notre premier vrai groupe de rock, avec Snick à la batterie, Layosh piano/guitare et à la basse Dan, un inspecteur des impôts …
Prudemment, et l’avenir me donnera raison, je me tiendrai à l’écart de l’administration, de l’autre côté de la scène.

Alain était chanteur, il empruntait Elvis comme personne, Il me restait deux titres pour me faire remarquer, I saw her standing there et Hard day’s night.

A 22 ans, Alain connu l’amour, le vrai et les contingences que cela impose.
Entre mes projets flous et une paire de fesses bien roulées, je fus rapidement répudié.
En moins de trois semaines Annie l’a plié, le micro dans le placard et la Davoli au mont de piété.

J’ai continué avec Snick, les autres se sont barrés, ça n’a pas été facile mais bon on est toujours debout.

Peu de temps après, la mort l’a délivré de cet amour castrant.
Au Zaïre, empoisonné par un mari jaloux.
La classe auréole cette fin digne d’un rocker, j’espère briller autant le jour de mon départ.

La dernière fois que je l’ai vu et touché, il était à la morgue de l’aéroport de Bruxelles.
Quand le préposé à ouvert le tiroir, dans la chambre froide, j’ai cru voir son père.

J’avais 25 ans.

Ce molosse de 1m90, réduit à 40 kilos de chair et d’os était méconnaissable.
Rare sont les jours de ma vie où je n’ai pas pensé à lui.

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