LLouis

Project

VIPER #1995

En 1992, en matériel américain, ne sévissaient que les corvettes.
Des paquebots outranciers que rien n’arrêtait, même pas les freins.

Les AC Cobra formaient le creux de la vague quand arriva un étonnant, ancien pilote de chasse, Bob Lutz.

Notre ami ne fit pas dans la dentelle.
Sur base d’un châssis correct, la première mouture vu le jour en 1992 selon une recette américaine bien rodée.
Moteur de camion, V10, 8000 cc 400 chevaux, alors qu’un Italien trouvait déjà 365 cv dans 4.4 litres de cylindrée en 1968.

L’oncle Sam, ne s’embarrasse pas de ses détails.

Des gros pistons, un arbre à cames central, des tiges et des culbuteurs, un peu de plastique autour et une marge commerciale calculée au plus large par les petits génies d’Harvard et de Wall street.

N’en déduisez pas que l’engin était déplacé.
Tout au contraire.

Châssis rigide, frein Brembo, boite 6 respectable, autobloquant efficace et pneus débiles.

Toujours moyennement fauché, j’acquis le premier modèle importé en France en 1994.
Pour ce faire, je me défis de ma magnifique 560 sec, partie en Russie, et me suis associé avec un loueur de voiture Tropézien, non imposable depuis 1947.
La soulte fût financée par un montage hasardeux et la tva récupérée puisque l’engin était destiné à la location, usufruit restant secret pour nos amis de Bercy.

A cet époque, la France et la côte d’Azur, c’était le paradis.
Achetée 400 000 FF, la première semaine de location nous rapporta 80 000 euros.
Le tout premier locataire était Danois et du nom prédestiné, on ne l’’invente pas , Monsieur Elkass.

Et c’est ce qu’il a fait !
Parti de St Tropez, après quelques kilomètres il abandonna la rutilante à un chasseur du Majestic Hotel, à Cannes.
Le pédalier de l’engin, il faut le savoir, est fortement décalé, si bien que notre chasseur en herbe nous fit un tête à queue au démarrage, pour aplatir notre emprunt à roulette sur un petit muret.

Le prix du capot était, identique à la location hebdomadaire, 77000FF.
On la mastiqué, empoché l’assurance ainsi que la location et laissé bonne partie de cette manne au bar des Caves du Roy avec des filles au mœurs incertaines.

Quelques temps après, j’ai crevé sous la pluie dans les environs de Lyon.
Roue arrière, 335/35 ZR 17.
Une fois remplacée par la galette, la seule place où j’ai pu placer ma roue déchirée, est sur le siège de droite, et ce, après avoir enlevé la capote.
La roue ne rentre pas dans le coffre …
400 000 FF et la roue ne rentre pas dans le coffre …

On est vraiment que de la chair à pâté.

Heureusement, j’étais seul, sinon arbitrage fût nécessaire.

On garda ce monstre quelques années, mais, mon associé né à la rue et qui y mourra probablement avait besoin de se refaire.
On fit les comptes, plutôt je fis les comptes et l’engin le museau habilement mastiqué parti pour d’autres mains.

J’en rachèterai une un de ces jours.